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Monday, May 03, 2004
  Mayday in Lagos



Lagos, dimanche, post may day

Pas réussi à bloquer un rdv avec le gouverneur de Kano. Lui fait signifier
que je suis encore autour du pays pour deux semaines. Mais dans ce cas,
ce sera à son Etat de nous payer un A/R Lagos-Kano pour venir le mettre en
boîte.

Nous sommes sur Ikoyi depuis deux jours. Apres la tension diffuse de
Kano, cette sortie, extérieure de Lagos, donne un coup un coup de kick
a votre biorythme. J'ai quitté une planete pour une autre, le tout dans
le même pays. Combien y a t,il d'univers au Nigeria ?

A Eko city, no joy no money. Pour la transition nord/sud, le premier atterissage lagotien de mon collegue d'aventure, et tout simplement le calme entre deux plongées dans la cocotte minute de la plus grande ville d'afrique sub-saharienne, opte pour quatre jours à la guest house de la Nimbus Art Galery. Inaugurée en
decembre dernier, très African Inside (sorti chez Taschen) -- nous partageons un grand lit a baldaquin taillé dans le bois vaudou pendant que nos chemises polluées sont accrochées à une penderie en bois flotte --c'est évidemment une accomodation haut de gamme. 20 000 nairas la nuit. Mais it's worth it comme on pourrait bêtement l'écrire dans le livre d'or.

J'aime le côté décati de l'Airport Hotel, ses ascenseurs en panne, le brassage de sa clientèle, mais la bogobiri house, dès lors que l'on se décide à flamber un peu -- et dieu sait qu'ici il est important de se la pêter -- a tout pour devenir le nouveau spot culte d'Eko City. Comme quoi, mine de rien, le Nigeria bouge. D'accord. Ce n'est pas une démocratie. Juste un regime civil. Mais a l'exception de la Corée du Nord et de la Chine, dans quel autre pays verrez-vous un président assister aux côtés du leader syndical au defilé du premier mai?

Hier, au national stadium, OBJ battait la mesure avec la fanfare de la police pendant que les travailleurs venus de tous les horizons professionnels brandissaient leurs revendications sous ses yeux : Downsizing, paiements en retard, deregulation.... Et apres un petit quart d'heure protocolaire, Oshomiole, le chef du Nigerian Labour Congress, a une nouvelle fois sorti un speech aussi vindicatif que remarquablement
tourné à dix centimetres du président de la federation nigerianne. Si ce n'est
pas un formidable exercice de démocratie, je retourne me coucher. On
pourrait le faire.

Lagos you hate it or you love it. Le cannibalisme de la ville pousse certains à ne jamais quitter leur chambre d'hôtel. Ce ne fût pas
notre cas ce week-end. Je suis allé à l'église avec l'actrice Shan George, parlé securité avec un commander d'Ajegunle vers les trois heures du matin durant un concert d'Apala à l'Eko Club de Surulere. Traversé la nuit et la ville. Partagé des bières avec des nigerians britanniques revenus au pays (un autre signe) et fini le dimanche dans mon spot habituel, au City End de Kuramo Beach.

La place porte bien son nom. Face a moi, la mer, ses pétroliers, ses mamy
wata, et le Brésil. Derrière, dans mon dos, le souffle de la ville aux 13 millions d'habitants. 120 personnes auraient été tuées dans de nouveaux affrontements inter confessionnels quelque part dans le Nord-Est. Mais ici,
on s'en fout.

Lagos, à la fois le paradis et l'enfer. Bon dieu. Il faut être dingue pour aimer cette ville. Et pourtant je l'aime. Comme tous les lagotiens.

Chief K 
Thursday, April 29, 2004
  Kano: on the edge of chaos?

Kano est vraiment devenu le bastion de l’opposition nordiste. Nous voulons y faire une révolution, m’explique le responsable du comité technique mis en place afin de fournir Kano en nouveaux vaccins contre la polyo. Shekarau est mon héros, m’explique de son côté le président de l’association des vendeurs de médicament. Nous sommes une nation dans la nation maintenant, précise un autre.

Ces beaux discours et les belles intentions du gouverneur, transparence, synergie, développement humain -- intentions qui semblent effectivement prises au sérieux par l’ex-professeur de mathématiques désormais candidat potentiel a la prochaine vice présidence nigériane -- achoppent cependant sur la réalité.

Avec un budget réduit a 10 milliards de nairas -- et un gouvernement fédéral qui ne manquera pas de lui rappeler ce que ça coûte de ne pas rouler pour le PDP -- l’état de Kano va devoir plus que jamais compter sur l’aide confessionnelle, à l’instar des ONG soudanaises qui déboulent sur la ville.

Al Muntada, qui ne serait que le bras humanitaire et wahabiste du bureau international des services secrets du régime de Karthoum, compte aujourd’hui une quarantaine d’écoles coraniques et de mosquées en ville. Interface africaine avec l’Arabie Saoudite, le Soudan compte dans la ville un consulat et sa compagnie nationale rallie une fois par semaine Kano à Karthoum.

Toute la question est de savoir combien de temps Shekarau, qui semble vouloir être au-dessus de la mêlée religieuse et garder un certain devoir de réserve concernant le courant islamique sur lequel Kano devrait se brancher, arrivera a contrôler les groupes les plus fondamentalistes de la ville.

De ce séjour nordiste, je repars une nouvelle fois avec l’impression que le calme haoussa cache une tempête qui n’attend qu’un ordre venu d’en haut, un prétexte, religieux ou pas, pour se déclencher. Et ce jour-là, il y aura des morts par centaine. Il ne faut jamais oublier que c’est ici que fût lancé le premier pogrom ibo qui déclencha la guerre du Biafra.

Les Ibos d’aujourd’hui vivent toujours dans le Sabon Gari. Mais ils sont désormais prêts à toute éventualité. On raconte qu’il y aurait beaucoup d’armes lourdes dans l’enclave réservée aux non indigènes. L’homme me demande si je pense qu’un jour tout ira mieux au Nigeria. Je lui dit qu’à l’instar de la pub passant en boucle sur la NTA, souffrance aujourd’hui, joie demain, vive les dérégulations, peut-être faut-il encore donner du temps au régime en place. Nous en avons assez d’être patients justement, me réplique t-il.

En attendant, comme tous les soirs sur Abedi Road, la zone rouge haoussa grouille de filles et de clients assoiffés sifflant leurs stars et pitonnant leur mobile sur fond de Danfo Driver, le nouveau tube de Lagos. 
Monday, April 26, 2004
  Kano: pure water



C’est sanitation day sur Kano. C’est une vieille pratique que l’on trouvait sous le régime du général Buhari et qui a été restaurée dans la capitale économique du Nigeria depuis que l’un de ses poulains, Ibrahim Shekarau, s’est emparé du gouvernorat lors des élections générales de l’année dernière. Le Mallam et l’ANPP ont depuis fait de la métropole haoussa la ville symbole de l’opposition, endémique ici, au président Olusegun Obasanjo.

Cette matinée dédiée a la propreté -- impossible de sortir en ville avant 10 heures 30 -- est un signe parmi d’autres des changements survenus dans la millénaire cité depuis mon dernier passage. Ils ne sont pas spectaculaires, et ne font pas voler de prime abord en éclats les souvenirs que je conserve de Kano. Une poignée de feux rouges qui marchent à nouveau, des tas d’ordure rassemblés sur les bas côtés. Ils sont en tout cas suffisamment parlants pour qui sait un peu décoder les très complexes signaux dont le Nigeria vous bombarde systématiquement, un peu comme si votre tête et vos rétines étaient en permanence branchés sur une sorte de CNN afro déroulant 24/24 un torrent de news diverses entremêlées autour de trois thématiques récurrentes - la religion, la politique, l’argent- et ce jusqu’à ce que votre disque dur crie pitié.

En tout cas, les changements de mentalité voulus par le volontariste et très croyant gouverneur Shekarau semblent de facto partagés par les quatre millions d’habitants de la ville : Kano est étrangement déserte ce samedi matin, pendant que je sue dans une cabine surchauffée connectée sur le monde extérieur a raison d’un prohibitif 20 nairas la minute. Pour ce qui est en revanche d’une radicalisation de la sharia - ou plutôt d’une réelle instauration de la loi islamique dans une ville de plus en plus surveillée aujourd’hui tant par ASO Rock que Langley - je n’ai encore rien constaté de particulier.

Avant hier soir, après avoir roulé au son de la country de John William dans une Mercedes conduite par une figure de la société féminine haoussa, comme un doigt d’honneur voilé aux mollahs et preachers radicaux des plus de 1000 mosquées que compte la ville, j’ai retrouvé les sous-sols de l’hôtel Tropicana. Le même groupe soudanais qu’en 2003 y déroulait son rhythm and blues oriental à la Mahmoud Ahmed. Et le spectacle de l’assistance enfonça un peu plus mon collègue de voyage dans le gouffre de fascination/perplexité qui ne cessait de se creuser depuis son arrivée au Nigeria. Le club du Tropicana est un laboratoire où l’on conceptualise sur l’érotisme du voile dans une ambiance à la Bains Douches. Les fils a papa en belles parures y côtoient les dames de petites vertus mais de grande religiosité. On y boit de la bière sous le regard des yandaudus, les macs haoussas dont l’entregent efféminé, visage blanchi, sourcils rasés, démarche un peu folle, sert de go beetween aux tractations avec les hôtesses vénales aux sourires dorés.

Pas de problèmes. Kano reste bien loin de cette talibanisation qui inquiète tant les spécialistes américains employés par les boîtes à think thank néo con. S’il y a de spirituelles connections avec al Qaeda - al Qaeda team comme il est graffé sur un mur d’un des ghettos de la ville - la menace semble se résumer aux milliers d’enfants nommés Oussama depuis le 911. Les vivants comme les morts. Car ici, on roule aussi sur un réservoir à épidémies.

Si le proverbe dit, tu bois de l’eau haoussa, alors tu sauras parler haoussa, la réalité signifie, si tu bois de la pure water, alors peut-être tu mourras. La flotte est le pire des problèmes a Kano. Méningite, Choléra, diarrhées, typhoïde, la ville est régulièrement balayée par des épidémies à cause de cette pure water que les kanoites achètent à la cantonade. Piou ouata, Pu wateu, pure water, l’eau de Kano se décline en autant de langues que de maladies. Mais je suis heureux de retrouver Kano.

Comment résumer la ville ? Pour faire simple, disons que vous prenez l’Amérique. Si Port Harcourt est Houston et que Lagos est New York, alors Kano sera son proto Chicago musulman, avec son architecture, sa viande et son grain. Kano est un ventre du Nigeria qui nourrit la cote et fait monter le cours des légumes et de la pepper soup suivant l’humeur de ses truckers haoussa desservant les rivages du Golfe de Guinée.

Kano est aussi un port de l’hinterland sahélien, une ville à sec, qui rayonne sur une culture sous régionale touchant plus de cinquante millions de personnes. Kano est aussi un mix entre Medelline et Médine. Sauf que sa religiosité qui va jusqu’à étonner les saoudiens est passée au tamis d’une culture haoussa qui compte sept principaux courants/sectes musulmans. Et que le trafic de drogue comme son blanchiment sont considérés comme une déclinaison parmi d’autres d’une tradition commerciale adaptée aux demandes mondiales. Mais sans doute faut-il avoir bu au moins une fois dans sa vie de l’eau de Kano pour le comprendre.

PS: Je viens d’apprendre que deux Américains viennent de se faire buter dans le Sud Est pétrolifère du pays. La parano devrait monter d’un cran de plus au sein d’une communauté étrangère déjà particulièrement sur les nerfs. Cette bad news n’a pas pour autant empêché le bureau ouest africain de CNN, basé a Lagos, de débarquer sur Kano. Officiellement, les gars étaient venus pour mettre en boite un sujet touristique pour le module Sight and Sounds. Ce n’est pas que le tourisme soit impossible dans le nord Nigeria, mais voir des Américains dans une ville qui leur est spécialement hostile laisse toujours planer un doute quant à leurs réelles intentions..... 
Wednesday, April 21, 2004
  Abuja: mirror and reality

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As usual, one shot, sorry, running a lot presently.



Abuja est un miroir où se reflète l'image que le Nigeria aimerait offrir aux investisseurs. Ces derniers ne sont pas dupes. Mais ils ne sont pas là pour s'apitoyer sur le sort d'une population qui s'est encore plus appauvrie depuis mon dernier passage dans le pays.

Ils sont là pour prouver que le Nigeria est le recordman du monde de retour sur investissement. Ils sont là pour vous dire que ce pays a peut-être un régime civil, il ne sera jamais une démocratie. Ils sont là pour vous expliquer que, peut-être, les promesses de transparence dans les deals promises par le gouvernement Obasanjo se feront sentir dans le secteur pétrolier, mais qu'ailleurs, ce sera toujours pareil. Ils sont là pour faire du fric. Pas de l'humanitaire.

Le miroir commence à se fêler passé le nouveau stade national construit par Bouygues, exception française au sein d'une capitale surnommée Berger City - le bâtisseur allemand ayant construit la quasi-totalité des bâtiments fédéraux.



Sur la route menant à l'aéroport, longeant l'autoroute elle aussi construite par Berger, le vrai Nigeria apparaît. Ce sont les satellite towns des fonctionnaires. Avec des loyers intra-muros équivalent à ceux pratiques dans le seizième arrondissement parisien - sans parler des deux ans d'avance que l'on doit verser au landlord - le fonctionnaire nigérian n'a pas d'autres solutions que de s'entasser dans ces banlieues tenant plus du bantoustan que du suburb. Là, il éprouve un quotidien que ceux qui vivent en ville ne connaissent pas ou ignorent de connaître: No Nepa, few water, et une insécurité rampante.

Oui, voilà le vrai Nigeria. Avec plus de quinze pour cent d'inflation et des salaires moyens tournant autour de 10 000 nairas, on est bien loin des primes d'expatriation zone huit (le top en matière de travail a l'étranger, après c'est la guerre) que se goinfrent les Occidentaux dans ce pays.

Je sens l'énervement une nouvelle fois monter en moi. Je me sens une nouvelle fois redevenir marxiste au fur et à mesure qu'Abuja disparaît dans le lointain, un peu comme cette phrase entendue un jour dans ce pays : Si Marx renaissait aujourd'hui, il serait noir et nigérian. Tout à l'heure, je m'envole sur Kano. Alors là, vraiment, Abuja ne sera plus qu'un mirage.

 
Monday, April 19, 2004
  Abuja, Radio House



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Abuja. Radio House.
Ainsi c'est donc là que l'on décide des clearances des journalistes étrangers. Quatre hommes, deux ibos, un yoruba, un haoussa, une secrétaire -une femme- une télé, un ventilateur, des piles de dossiers entassés dans un coin, ok!!! maintenant je comprends. Enfin, j'essaie. A ma question sur le temps qu'il nous aura fallu pour être enfin accredités, on nous dit que c'est à cause des changements, mais rien de précis. A l'autre question sur la raison qui a amené les autorités nigerianes à expulser il y a deux mois la free lance qui pigeait pour Fortune et The Economist, c'est un peu plus clair. Elle a enfreint les règles de l'immigration.

- Mais pourtant, elle etait bien accreditée non ?
Un petit silence gené:
- Oui, mais pour Forbes, par pour The Economist
- Ah, d'accord.

On ne plaisante pas avec le protocole au Nigeria. Obasanjo vient juste de le rappeler au gouverneur de Lagos, Bola Tinubu, qui s'est fait momentanément arrêter par la police fedérale alors qu'il visitait un autre état de cette fedération qui en compte 36. Et pas la peine d'insister sur les faux semblants de la democazy tant que nos cartes de presse ne seront pas enfin entre nos mains.

Le fonctionnaire numéro deux semble justifier son travail en relisant une dizaine de fois mon passeport, le trois regarde le calendrier pour savoir jusqu'où nous pourrons pratiquer librement notre metier, except security zones of course. C'est le plus jeune, le plus efficace, il ne porte pas de signe ethnique, il est habillé comme un fonctionnaire, et je me demande combien de temps il sera fier de ce qu'il fait. Les autres semblent être tombés dans la routine bureaucratique qui fait aussi de ce pays l'un des pays les plus administrativement procéduriers de la planète. Et que beaucoup breakent a coup de dash, le pot de vin.

Il ne sera jamais question d'argent durant notre heure et demie passée dans ce bureau où les seuls coups de fils entendus seront ceux passés sur les gsm, general street madness, de nos hôtes. Je souhaite en tout cas longue vie au plus jeune des fonctionnaires, et du moral. Oui, combien de temps resistera t'il à la pression sociale ???? No se.

L'hôtel Mirage où nous avons posé nos pénates porte bien son nom. Abuja en est un. Des myriades de putes lookées comme Beyonce sont attirées par les phalènes blanches que nous sommes. Et rembarées très gentiment. Elles sont comme tous les Nigérians. Abuja, la seule ville nigériane ou les feux de signalisation marchent, est telle une Sim City virtuelle au milieu de l'entropie nationale. Tout le monde y converge, tout le monde rêve d'y faire fortune. La ville, surmontée de grues, piquetées de bâtiments en construction, battues par les vents torrides, est en voie de nigérianisation. La planification l'avait prévue pour trois millions de personnes, on dit qu'elle en est deja à cinq. Mais c'est la manière la plus cool d'entamer la piste noire nigérianne. Stay tuned.

Et si vous passez par là, allez écouter Baba 2010, un digne heritier de Fela.

Chief Kolawole 
  The road to Kano


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Facile de comprendre pourquoi si peu de journalistes envisagent de se rendre au Nigeria. C'est un sacerdoce qui peut vous laisser sur la paille, particulièrement lorsque vous etes un pigiste voyant ses
garanties fondre au soleil au fur et à mesure qu'est repoussée la fameuse clearance venue d'Abuja qui vous permettra d'y travailler officiellement en tant que journaliste accrédité.

Cette fois ci, il m'aura fallu plus de quatre mois, contre, disons, les six semaines requises habituellement, pour enfin decrocher ce viatique. A ce jeu, j'en serai presque à comprendre pourquoi certains préférent
se risquer dans le pays muni d'un simple visa touriste. Presque je dis. Car malheureusement, c'est surtout l'urgence qui les pousse à agir de la sorte. Et en premier lieu, la nécessité de partir au plus vite
pour plier un nouveau sujet bien ethocentrique/foiré/voire bidonné sur la charia.

En huit voyages, j'ai fait mienne un des dictons récurrents nigérians. Never Give Up. Je préfere me battre, meme si ca peut effectivement tourner au masochisme, pour avoir le droit d'être ce que je suis, surtout dans un pays qui ne requiert ni la clandestinité nécessaires pour se rendre en Tchetchenie ni la patience nécessaire pour se rendre en Corée du Nord.

Durant ces quatre mois d'attente, j'aurai vu mon entourage bouger vers Haiti, d'autres justement tracer vers Lagos avec un visa touriste, mais là certes pour un sujet qui ne necessite pas une attitude si frontale -il s'agissait d'assister à l'enregistrement du premier live de Femi Kuti- et j'ai commencé à me
demander, dans un effet miroir inversé que n'hésite pas à vous tendre les fonctionnaires nigérians -style imaginez ce que les africains peuvent endurer pour enfin décrocher un visa shengen- si je n'étais pas prisonnier d'une zone de rétention administrative virtuelle.

Ce serait prétentieux de penser que ce sont mes articles qui ont conditionné cette si longue attente. Certes je suis critique, et à force d'allers retour, ai commencé à me faire un petit nom sur ce veritable
sous continent africain au sein de la presse française. Mais il y doit y avoir d'autres explications.

Je pense surtout que cette histoire finalement assez littéraire et que j'ai vécu finalement assez tranquillement -le compteur tunes glissant vers le zero, comme un voyant d'essence nigerian, mais la tête suffisamment solide pour ne pas être saisi de bouffées de haine qui vous donnent envie d'envoyer en l'air le desk de l'ambassade du Nigéria à Paris- est plutôt une démonstration de plus de ce qui m'attend là bas.

Je retourne vers la democrazy. Et comme cette histoire à rallonge, j'ai beau me dire que je connais un peu la chanson, je ne sais pas si elle sera en version afro/juju/hiphop/Fuji/. A ce propos, comme une boucle qui se ferme : Mon premier départ était prévu juste aprés que je finalise le tracklist d'une compil dédiée aux musiques du Golfe de Guinée qui sortira le mois prochain sur Universal. Mon vrai décollage, c'est demain. Et j'ai une copie du disque en poche. Clair. Ca va pirater. Mais c'est fait pour.

Dessus, j'ai réuni tout ce que j'aime dans la sous région; La old school façon Orlando Julius, Funkees, Bongo Ikwe, Fatai Rolling Dollar, Baba Fela bien sur, ces incroyables Lijadu Sisters, un peu de Ghana avec Blaise Amboley, enfin bref, pas mal de pures raretés et la new school façon Keziah Jones Revisité, Tiken Jah Fakoly, Mokin et ses infrabasses tueuses, du Gill Scott heron sous NNG (Nigerian Natural Grass) qui va tuer le dancefloor, et bien d'autres.

J'ai Hate de voir ceux qui y figurent s'apercevoir que oui, c'est ca, t'es sur le disque mon gars. Et qu'en plus, Universal oblige, tu vas vraiment toucher des pépétes. Rien que pour ca, finalement, ca méritait d'attendre quatre mois ! Stay Tuned.

Chief-No Compromise-Kolawole 
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